
Le bouturage de l’eucalyptus affiche un taux de réussite nettement inférieur à celui d’autres arbustes courants. Une étude menée à l’Université fédérale de Santa Catarina sur Eucalyptus benthamii a observé une seule bouture enracinée sur 72, malgré des substrats variés et différentes doses d’hormone. La survie des tiges reste correcte (entre 50 % et 81,2 % selon les substrats), mais l’enracinement adventif pose le vrai problème. Cinq paramètres, maîtrisés ensemble, augmentent significativement les chances de succès.
1. Choisir le bon moment et les bonnes tiges pour bouturer l’eucalyptus
La période de prélèvement conditionne la capacité d’enracinement plus que tout autre facteur mécanique. Les tiges semi-ligneuses, ni trop jeunes ni trop rigides, concentrent les réserves nécessaires à la formation de racines adventives. On les reconnaît à leur couleur : la base commence à brunir tandis que l’extrémité reste verte et souple.
Prélevez en fin de printemps ou en début d’été, quand la croissance végétative est active. Une tige de la saison en cours, longue d’une quinzaine de centimètres, avec au moins deux nœuds foliaires, constitue le matériau de départ adapté. Retirez les feuilles du tiers inférieur pour limiter l’évapotranspiration et exposer les nœuds où les racines pourront émerger.
Toutes les espèces d’eucalyptus ne répondent pas de la même façon. Certaines variétés ornementales comme Eucalyptus gunnii se montrent plus coopératives que des espèces forestières comme E. benthamii. Le choix de l’espèce pèse autant que la technique elle-même. Pour réussir une bouture d’eucalyptus, mieux vaut partir d’un pied mère jeune et vigoureux que d’un arbre mature dont les tissus se lignifient rapidement.
2. Préparer le substrat idéal pour l’enracinement de la bouture
Le substrat doit remplir deux fonctions contradictoires : retenir juste assez d’humidité sans provoquer de pourriture. Un mélange drainant à parts égales de tourbe (ou fibre de coco) et de perlite répond à cette exigence. La vermiculite peut remplacer la perlite, mais elle retient davantage d’eau, ce qui augmente le risque fongique sur des tiges déjà fragiles.
Humidifiez le substrat avant d’y insérer la bouture. Un substrat sec au moment de la plantation crée des poches d’air autour de la tige et empêche le contact nécessaire entre les cellules du cambium et le milieu. Tassez légèrement sans comprimer, puis arrosez de nouveau en surface.
| Composant | Rôle principal | Risque si excès |
|---|---|---|
| Tourbe ou fibre de coco | Rétention d’humidité | Asphyxie racinaire |
| Perlite | Drainage et aération | Dessèchement rapide |
| Vermiculite | Rétention d’eau + minéraux | Excès d’humidité, moisissures |

3. Appliquer l’hormone de bouturage sur les tiges d’eucalyptus
L’eucalyptus produit naturellement peu d’auxines au niveau des nœuds, ce qui explique la difficulté d’enracinement. L’acide indole-butyrique (AIB) compense ce déficit en stimulant la différenciation cellulaire à la base de la tige. La forme poudre reste la plus simple à doser pour un usage domestique.
Trempez la base coupée sur environ deux centimètres dans la poudre d’hormone, puis tapotez pour retirer l’excédent. Un surplus d’hormone peut provoquer une nécrose des tissus au lieu de favoriser l’enracinement. L’étude brésilienne sur E. benthamii a testé plusieurs concentrations d’AIB sans observer de différence significative sur le taux d’enracinement, ce qui suggère que la dose compte moins que l’état physiologique de la tige.
Des alternatives naturelles existent (eau de saule, miel, cannelle), mais aucune donnée publiée ne démontre leur efficacité spécifique sur l’eucalyptus. Sur une espèce déjà récalcitrante, l’AIB synthétique reste le choix le plus documenté.
4. Maîtriser l’humidité et la lumière pour la bouture d’eucalyptus
La bouture d’eucalyptus a besoin d’un environnement à la fois humide et lumineux, mais sans soleil direct. Une lumière vive indirecte évite le dessèchement tout en maintenant l’activité photosynthétique des feuilles restantes. Placez le pot près d’une fenêtre orientée est ou nord, ou sous un voile horticole filtrant.
Pour maintenir une hygrométrie élevée, couvrez le pot avec un sac plastique transparent ou une cloche. Ce mini-effet de serre limite la transpiration foliaire et maintient le substrat humide plus longtemps. Deux précautions à respecter :
- Ouvrez la cloche ou le sac une fois par jour pendant quelques minutes pour renouveler l’air et éviter la condensation stagnante
- Surveillez l’apparition de moisissures blanches ou grises en surface du substrat, signe d’un excès d’humidité combiné à un manque d’aération
- Maintenez une température douce autour de 20 à 25 °C, plage recommandée pour éviter à la fois le dessèchement et les pourritures
Un tapis chauffant placé sous le pot peut aider à stabiliser la température du substrat, surtout en intérieur climatisé où les écarts thermiques jour-nuit freinent la rhizogenèse.
5. Assurer une bonne aération pour éviter les maladies fongiques
L’aération est le paramètre que les jardiniers sous-estiment le plus dans le bouturage de l’eucalyptus. Un milieu confiné et saturé en humidité favorise le développement de Botrytis et d’autres champignons pathogènes qui détruisent la base de la tige avant toute formation racinaire.
Ventiler quotidiennement la mini-serre pendant cinq à dix minutes suffit à renouveler l’atmosphère sans faire chuter l’hygrométrie de façon brutale. Si vous utilisez un sac plastique, percez deux ou trois petits trous au sommet pour créer une circulation passive.
Le substrat lui-même participe à l’aération. Un mélange trop compact ou trop riche en matière organique fine (terreau pur, compost) retient l’eau en excès et prive les tissus d’oxygène. La perlite ou le sable grossier incorporés au mélange garantissent que l’air circule jusqu’à la zone de coupe.
Au bout de quatre à huit semaines, testez la résistance de la tige en tirant très doucement. Une légère résistance signale le début de l’enracinement. Si la tige sort sans effort, prolongez la culture sous cloche en ajustant l’aération. La patience reste le dernier facteur déterminant : sur une espèce où l’enracinement naturel frôle parfois le pourcentage symbolique, chaque semaine supplémentaire compte.